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mardi 12 février 2013

Amanat Khan : Le calligraphe du Taj Mahal

Vingt-cinq sourates sont inscrites dans le marbre du Taj Mahal, dont quatorze intégralement. C'est la sourate Ya Sin, généralement récitée lors des cérémonies funéraires, qui décore l'arche d'entrée du mausolée.


"Terminé avec l'aide de Dieu ; calligraphié par l'humble fakir Amanat Khan al-Shirazi, en l'an mille quarante-huit de l'hégire, et dans la douzième année du règne propice de Sa Majesté."
Telle est la signature que l'on trouve gravée, avec de légères variantes, à quatre endroits différents du Taj Mahal.
Amanat Khan, de son vrai nom Abd al-Haq al-Shirazi devait jouir à la cour du souverain Shah Jehan d'un prestige exceptionnel pour qu'il lui soit accordé la permission de signer son œuvre calligraphique sur les murs du Taj. Il est le seul artiste à avoir bénéficier d'un tel privilège. Même le nom de l'architecte en chef du monument ne figure nulle part sur le mausolée. D'ailleurs, on ignore même son identité. Cet anonymat entourant les auteurs - maitres bâtisseurs, artisans et artistes - de l'édification du Taj Mahal contribue à conférer au monument des apparences de rêve merveilleux dont les formes architecturales, romantiques et pittoresques à souhait, semblent davantage résulter du coup de baguette magique d'un enchanteur que du labeur humain.
Comme son nom nous l'indique, Abd al-Haqq était originaire de Shiraz, la patrie de l'amant divin Hafez. Il jouissait déjà d'une grande renommée à l'époque de l'empereur Jehangir qui le chargea de la décoration calligraphique du tombeau de son père Akbar à Sikandra. Shah Jehan lui décernera le titre honorifique d'Amanat Khan en raison de sa virtuosité étourdissante en calligraphie et lui confiera le programme épigraphique du Taj Mahal, ce mausolée incomparable qu'il projette d'édifier à la mémoire de sa bien-aimée défunte et qui témoignera devant le monde que l'amour est plus fort que la mort.
Le mausolée doit incontestablement une partie de sa beauté aux magnifiques calligraphies cursives, de style Thuluth, qui décorent ses parois. Les écritures, gracieuses et majestueuses, savamment proportionnées en fonction de leur éloignement afin de conserver toujours des dimensions harmonieuses, furent sculptées dans un splendide marbre de couleur noire dont le contraste avec les murs contribue à exalter leur blancheur marmoréenne. Les citations proviennent exclusivement du Coran. Ils furent sélectionnés par le calligraphe en étroite collaboration avec le souverain. Leur étude a permis d'identifier le message essentiel qu'ils se devaient de communiquer aux spectateurs : souligner la nature symbolique du complexe funéraire en tant que reflet du Paradis. Ainsi, ce sont les versets 27-30 de la sourate 89, l'Aurore, décorant le porche d'entrée qui accueillent les visiteurs et les invitent à pénétrer en ce lieu comparable au Jardin céleste. Ils peuvent être certains de trouver parmi les allées du parc cette quiétude et cette paix promises aux bienheureux dans le Royaume du Ciel, avec pour récompense suprême la vision, d'une blancheur éthérée, d'un édifice aux proportions parfaites, s'élevant majestueusement devant leurs yeux comme le trône de Dieu Lui-Même :

"Ô âme apaisée !
Retourne vers ton Seigneur
Satisfaite et agréée
Entre parmi mes serviteurs
Entre dans mon paradis."









Signature d'Amanat Khan

mercredi 6 février 2013

Sahifa Banu : une femme miniaturiste

Shah Tahmasp méditant, Sahifa Banu, Ecole moghole, Inde, début XVIIe siècle


L'art de la miniature n'était pas l'apanage exclusif des hommes. Des femmes telles Sahifa Banu, Nadira Banu ou Ruqaya Banu, exerçaient également leurs talents artistiques dans les ateliers des souverains moghols. Des peintures confirment ce fait en nous montrant  des dames (Banu) en train de peindre dans la même position que les hommes : assises par terre, les instruments de travail disposés autour d'elles, un genou relevé sur lequel elles appuient leur planche à dessin.
La miniature ci-dessous représentant le souverain Shah Tahmasp d'Iran est l’œuvre de la plus célèbre de ces artistes : Sahifa Banu. Comme pour nombre d'autres miniaturistes, il est très difficile de trouver des éléments biographiques sur elle. 
Nous pouvons constater que, même en ces XVIIe et XVIIIe siècles, des femmes pouvaient dans les empires musulmans recevoir une instruction artistique et exercer un métier d'ordre esthétique à côté des hommes dans les ateliers. Il semblerait que le réalisme de certains portraits féminins soit justement le fruit du travail de ces femmes artistes qui en raison de leur sexe pouvaient pénétrer dans les harems interdits aux hommes pour peindre leurs modèles à loisir.

Femme peignant un portrait, Ecole moghole, fin XVIIIe siècle

Inde moghole : Art, Culture et Empire



Jusqu'au 2 avril 2013 se tient à Londres, à la British Library, une exposition exceptionnelle sur l'Inde moghole.Elle examine, pour la première, l’intégralité des 300 années de règne d’un des plus puissants et somptueux empires que le monde ait jamais vu.
Inde moghole : Art, Culture et Empire retrace non seulement l’évolution de l’art moghol et de l’empire du XVIe siècle au XIXe siècle à travers plus de 200 peintures et objets raffinés, mais fait la lumière sur la vie quotidienne à la cour des moghols grâce à l’apport de manuscrits enluminés récemment découverts dans les extraordinaires collections des bibliothèques de l’Asie Centrale et du Sud.
Malini Roy, Conservateur au Département des Arts Visuels à la British Library et Commissaire de cette exposition, souligne que Inde moghole ouvre des perspectives entièrement nouvelles sur la richesse de l’héritage culturel des Moghols. Les visiteurs parcourent leur monde extravagant à travers des objets remarquables comme une couronne en or massif, un chasse-mouche serti de bijoux, des portraits de souverains, des armures équestres ainsi que objets de la vie quotidienne comme un livre de recettes de cuisine ou des journaux intimes.

Pour être orienté sur la page de l'exposition à la British Library, cliquer ici

Couronne moghole

Manche de chasse-mouche en jade et serti de pierres précieuses

vendredi 1 février 2013

Elayaraja : La beauté des dravidiennes

Lumière et ombre


Non, l'image ci-dessus n'est pas une photo mais une peinture à l'huile d'une des figures montantes de la scène artistique en Inde : Elayaraja. Ses tableaux nous montrent généralement des jeunes femmes, de souche dravidienne, vaquant à des travaux domestiques ou saisies dans l'intimité de leur foyer à lire, à écrire, à rêver ou tout simplement à poser pour l'artiste. En regardant ces scènes, on effectue immédiatement le rapprochement avec les œuvres de l'illustre Raja Ravi Varma qui s'était également rendu célèbre par ses portraits de femmes en sari du sud de l'Inde. Interrogé à ce sujet [1], l'artiste répond qu'il fut essentiellement élevé par ses sœurs, cousines et tantes qui passaient la plus grande partie de leur temps dans les cuisines au milieu des ustensiles et des produits alimentaires.
Elayaraja est né en 1979 dans l'état du Tamil-Nadu. Onzième enfant d'une famille modeste dont le père était charpentier, l'artiste se souvient d'un temps où le moindre crayon de couleur semblait un luxe inaccessible pour lui. C'est au contact de son père qu'il aidait dans son travail après ses cours en gravant des motifs sur le bois, qu'il recevra sa première initiation à un travail d'ordre esthétique. Adolescent, il sillonnera à bicyclette la campagne pour peindre à l'aquarelle des vignettes de la vie rurale et villageoise. Grâce à l'encouragement de quelques professeurs qui remarquèrent son talent et l'engagèrent à persévérer dans cette voie, le jeune homme se décidera pour un cursus artistique à l'école des Beaux-Arts de Kumbakonam. Pour financer ses études, il multipliera les petits boulots, travaillera comme animateur commercial, proposera ses services de peintre pour décorer les devantures ou les enseignes des magasins.
Elayaraja fera de la peinture à l'huile son outil de prédilection durant ses années d'université. Il atteindra sur le plan technique une maîtrise éblouissante dans le rendu des textures, des matières, de la lumière, du clair-obscur. Il suffit de regarder n'importe lequel de ses tableaux pour constater le niveau de réalisme quasi-photographique qu'il parvient à conférer aux scènes représentées.
L'artiste puise l'essentiel de son inspiration dans la campagne du Tamil-Nadu qu'il parcourt armé de son appareil photo. Il capture les scènes qui suscitent sa curiosité ou le touchent dans sa sensibilité puis les reproduit en atelier sur ses toiles. Les visages recueillent une attention toute particulière de la part de l'artiste lorsqu'il peint ses tableaux. C'est sur eux qu'il passe le plus de temps. Comme il nous le confie, un visage doit "refléter tout la fois un sentiment de joie, un sourire tendre, une pointe de curiosité dans le regard, un calme indicible...".
Aujourd'hui, Elayaraja a acquis en Inde une notoriété qu'il n'avait jamais osé rêver à ses débuts. Sa première toile s'était vendue à la somme dérisoire de cent roupie (environ 2 €). Ses œuvres atteignent maintenant des sommes plus que confortables et lui permettent de se consacrer entièrement à son travail d'artiste. C'est avec émotion qu'en fin d'interview le peintre évoque la visite qu'il reçut un jour d'un vieux miniaturiste de Tirunelveli qui fit le déplacement exprès jusqu'à Chennai (où il vit) pour le bénir. En signe de profond respect, le vieillard prit sa main entre les siennes pour y déposer un baiser révérencieux. 

[1] Les éléments biographiques de ce billet viennent d'une interview accordée par l'artiste au journal The Hindu, le 01/05/2012. Pour lire l'intégralité de l'article, cliquer ici.

Fillette travaillant, 2008. On admirera le rendu stupéfiant dans les matières, la lumière, et le souci du détail dignes des plus grands maîtres européens du XIXe siècle

Broyage du riz

Fillette avec pigeon
Une fillette

Fillette, 2009
Elayaraja