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vendredi 25 janvier 2013

Gravures de Haren Das - Poèmes de Tagore


Les images de Haren Das et la poésie de Rabindranath Tagore évoquent les paysages du Bengale, la vie quotidienne des villageois, le labeur des paysans, les émois de l'âme au contact des merveilles de la nature ou à la vue d'une jeune beauté entraperçue par hasard dans l'intimité de son foyer ou au détour d'un chemin de campagne. Voici, les deux artistes réunis :


Après la pluie

Si paresseusement tu veux rester assise et laisser ta cruche flotter sur l'eau, viens, ô viens à mon lac.
La pente d'herbe est verte et plus loin les fleurs sauvages poussent nombreuses.
Tes pensées émigreront de tes yeux sombres comme des oiseaux de leurs nids.
Ton voile tombera à tes pieds.
Si tu dois rester oisive, viens, ô viens à mon lac.
Jeune servante
Paresseuse, pourquoi restes-tu là à jouer avec tes bracelets ?
Remplis ta cruche, il est temps pour toi de renter.

Paresseuse, pourquoi de tes mains agites-tu l'eau,
tandis que ton regard capricieux s'amuse à chercher
quelqu'un sur la route.
Remplis ta cruche et rentre à la maison.

Palash

J'avais oublié de tresser mes cheveux.
La brise nonchalante s'y jouait sur ma joue.
La rivière coulait tranquille sous sa rive ombragée.
Les blancs nuages paresseux ne bougeaient pas.
J'avais oublié de tresser mes cheveux.


Le village dormait dans la chaleur de midi.
La route était déserte.
Par accès soudains le bruissement des feuilles s'élevait puis s'évanouissait.
Je regardais le ciel et, tandis que le village dormait dans la chaleur de midi,
je tissais dans le bleu les lettres d'un nom aimé.


Viens comme tu es ; ne t'attarde pas à ta toilette.
Si la tresse de tes cheveux s'est défaite, si ta raie n'est pas droite,
si les rubans de ton corset ne sont pas attachés, qu'importe ?
Viens comme tu es ; ne t'attarde pas à ta toilette.
Mon coeur, oiseau du désert, a trouvé son ciel dans tes yeux.
Ils sont le berceau du matin, ils sont le royaume des étoiles.
Leur abîme engloutit mes chants.
Dans ce ciel immense et solitaire laisse-moi planer.
Laisse-moi fendre ses nuages et déployer mes ailes dans son soleil.

Deux sœurs
Quand les deux sœurs vont puiser de l'eau, elles viennent ici et sourient.
Elles se doutent qu'il est là derrière les arbres, chaque fois qu'elles vont puiser de l'eau.

Les deux sœurs se chuchotent à l'oreille quand elles passent par ici.
Elles ont deviné le secret de celui qui est là derrière les arbres chaque fois qu'elles vont puiser de l'eau.

Leurs urnes se penchent subitement et l'eau se répand quand elles arrivent ici.
Elles ont découvert qu'un cœur bat, derrière les arbres, chaque fois qu'elles vont puiser de l'eau.

Les deux sœurs se regardent et sourient quand elles viennent ici.
Leurs petits pieds rapides semblent rire. Il est tout confus celui qui est là derrière les arbres chaque fois qu'elles viennent puiser de l'eau.

Sur les rivages de mondes sans fin des enfants s'assemblent. Le ciel infini s'étend immobile sur leur tête, mais les flots toujours mouvants sont houleux. Les enfants s'assemblent sur les rivages de mondes sans fin, avec des cris, avec des danses.
Ils se construisent des maison de sable, ils jouent avec des coquillages vides. Quelques feuilles flétries sont pour eux des bateaux, qu'avec un sourire ils regardent flotter sur l'immensité profonde. Des enfants s'ébattent sur les rivages des mondes sans fin.


Source : Extraits de poèmes de Tagore tirés de "Le jardinier d'amour", Poésie/Gallimard

mardi 8 janvier 2013

Toukaram : Psaumes du pèlerin

Yogi (ascète) au bord d'un fleuve. BnF

Arbre des taillis,
bêtes des forêts,
oiseaux sauvages,
amis, qui chantent pour moi.

Rester en solitude
par eux devient plaisir,
ni péché, ni mérite
ne m'y peuvent trouver.

Ma tente, l'espace,
mon lit, la terre
où mon coeur dénoué se délasse.

Un pagne, une gourde
comblent mon corps.
Le vent compte mes heures.

Mon repas, la geste du Seigneur,
mon dessert, la prière nocturne :
je me prépare des plats choisis.

Mon coeur ignore la solitude,
dit Toukâ,
il s'interroge et se répond.

---------------------------------

Je vais dire l'indicible :
je vis ma mort,
je suis de n'être pas,

Jouir est mon renoncement,
désirer me détache ;
de l'un et l'autre, je porte encore
les traces effacées.

Je ne suis pas comme tu me vois,
dit Toukâ,
interroge là-dessus Pândourang [Vishnû] !

Toukârâm, Psaumes du pèlerin, traduit du marathe, présenté et commenté par G.-A. Deleury, Gallimard

mardi 18 décembre 2012

Avicenne : Poème de l'âme


Reza Abbasi (m. 1635) est surtout connu pour ses portraits de jouvenceaux alanguis et d'amoureux enlacés. Voici, une miniature de lui nous offrant une représentation naturaliste d'un rossignol. L'artiste a utilisé un pinceau très fin pour peindre avec une minutie extrême le plumage de l'oiseau dans des tons délicats.


On connaît Avicenne (m. en 1037), le grand médecin, le grand philosophe. Voici Avicenne, le mystique, un visage moins connu de cet éminent savant.

Tombée du plus élevé des cieux, une colombe est en toi, noble et fière
Nul voile ne la cache et pourtant nul regard, même d'initié ne la voit.
Malgré elle en toi, peut-être souffrira-t-elle un jour de te quitter.
D'abord révoltée, elle a peine à s'adapter, puis s'est habituée
à ce corps pour elle désert et vide ;
Elle a fini, je crois, par oublier son monde originel
dont elle était inconsolable.
Elle a quitté pour toi son séjour céleste pour tomber en ce terrain aride.
La lourde matière s'est attachée à elle et elle a vécu
en ton corps, ruine périssable.
A évoquer sa vie au monde des esprits, elle pleure des larmes sans fin.
Et jette sa plainte sur ces vestiges, jouets des quatre vents.
L'épais réseau l'enserre, une cage la tient éloignée de l'immense maison
Jusqu'au moment du départ vers le foyer des âmes et
le champ sans mesure
Alors séparée de ton corps de poussière désormais seul.
Elle dormait et, le voile levé, voit ce que ses yeux de sommeil ne pouvaient voir.
Elle roucoule alors du sommet du Haut-Mont,
la Connaissance y porte les plus faibles.
Qu'est-est descendue des Cieux vers ce bas-monde misérable ?
Si Dieu l'y a précipitée, Son intentiion reste cachée
au plus subtil entendement des hommes.

[Extrait]

Avicenne

jeudi 8 novembre 2012

Zahir : Verse ce vin...


Homme remplissant une coupe, Ispahan, XVIIe siècle, Smithsonian Institution

"Verse ce vin aux reflets de tulipe et de rubis ;
     de la gorge du flacon fais couler ce sang limpide.
Hormis la coupe de vin tu auras peine en ce monde
     à rencontrer un ami dont le coeur soit aussi pur."
Zahir (m. en 1201)

Source, Anthologie de la poésie persane, Z. Safa, Gallimard

lundi 8 octobre 2012

Rabia al-Adawiya : "Mon repos, ô frères, est dans ma solitude"

La Beauté (al-Jamal), Fayeq Oweis


"Mon repos, ô frères, est dans ma solitude,
Mon Aimé est toujours en ma présence.
Rien ne peut remplacer l'amour que j'ai pour Lui,
Mon amour est mon supplice parmi les créatures.
Partout où j'ai contemplé sa beauté,
Il a été mon mihrab et ma qibla.
Si je meurs de cet amour ardent et s'Il n'est satisfait,
Oh, cette peine aura été mon malheur en ce monde !
O médecin du cœur, Toi qui es tout mon désir,
Donne-moi une vision qui guérisse mon âme.
O ma joie, ô ma vie pour toujours !
En Toi mon origine, en Toi mon ivresse.
J'ai abandonné entièrement le créé dans l'espoir
Que Tu m'unisses à Toi. Car tel est mon ultime désir."

Rabia al-Adawiya

Chants de la Recluse, Traduit de l'arabe par Mohammed Oudaimah et Gérard Pfister, Arfuyen

Hâfez par lui-même

Coupole du mausolée de Hâfez à Chiraz



"Hâfez n'est pas dans l'arène des gens de pouvoir, il appartient à l'assemblée des amants. Pourtant on le voit souhaiter parfois être à la fête de la cour. Il est homme du paradis, mais il aime Chiraz, ses beautés, ses jeunes beautés. Il a une haute ambition, mais la gloire et l'argent ne l'intéressent nullement. Homme au regard élevé, il se reconnaît dans la figure du faucon royal et sait que son vrai séjour n'est pas ici-bas. Il a quitté le couvent auquel il a appartenu, car "on n'entrave pas les pieds des hommes libres". Il est soufi d'un outre-monde. Pourtant aussi, il est imparfait, puisqu'il cache en sa manche une idole. Il consent à n'être que ce que le destin lui a destiné. Il avance au désert dans la Quête. Car il a été séduit à jamais par l'Aimé, et cette séduction a anéanti en lui quarante années de savoir et de vertu. La parole ? C'est l'amour qui le lui a apprise. De sorte que sa poésie mérite de l'or. Elle est d'une grande finesse. Parole de gnose, elle est aussi un talisman contre le mauvais oeil. Le grand Nézâmi ne l'égale pas plus en parole qu'en pensée. A plus forte raison les autres poètes. Il a une belle voix, ses mots sont doux. Sa poésie déclamée est accompagnée de musique, Vénus elle-même ne fait pas aussi bien. C'est une parole connue du monde entier. Mais seuls les amants parlent en bien de lui. Sa parole restera un mémorial de vie. Il bouleverse ses auditeurs et il ne faut pas attendre de lui quiétude et sommeil, il n'accorde nul répit. Assurément, il fait partie des croyants, il est musulman, mieux même : il a en son coeur un Coran. De tête, il peut le réciter dans ses quatorze recensions. Mais c'est l'amour qui lui vient en aide. Il prie la nuit, il récite le Coran, entend les leçons qu'on en tire. Ce Coran qu'il vit ne lui a pas donné une vie heureuse et facile. De sorte que, parmi les soufis à l'hypocrisie notoire, il a une réputation d'infamie. Que dis-je ! Sa corruption est sans remède. Eh bien oui, plutôt que de refuser hypocritement le vin qu'on lui présente, il préfère dire franchement qu'il l'accepte ! Il aime même sa réputation d'hypocrite. Pour certains, il est récitant du Coran, pour d'autres il est videur de coupes, en fait, "je suis ce que tu vois". Il ironise sur son apparente turpitude, oui, il boit. Sans vin et sans luth, Hâfez n'existerait pas. Reste à savoir de quoi il s'agit. Le soufi est un videur de coupe, et Hâfez se garde du flacon, si vous voulez tout savoir. Finalement, sa vie est un mystère, même à ses propres yeux. A qui se confier ? Son unique confident est le vent. Quant à lui, il est le gardien de son propre mystère. Et si être musulman, c'est l'être comme Hâfez, alors attendez-vous à bien des surprises au Jour du Jugement ! Pour l'heure, quand vous passerez près de sa tombe, sachez qu'elle vous sanctifiera. Car il a quitté ce monde en gardant l'espoir de rencontrer la face de son Aimé. Vous pourrez dire aussi : "Je n'ai rien vu de plus beau que ton poème, Hâfez, j'en jure par le Coran que ta as en ton coeur !"

Voici donc le Hâfez que les princes buveurs et batailleurs, mais amis des lettres, ont eu devant eux, ont aimé et protégé.

Charles-Henri de Fouchécour, in Le Divân, Hâfez de Chiraz, Verdier poche

dimanche 23 septembre 2012

Hakim Sana'i : Panégyrique de Ali


Calligraphie représentant le nom de Ali répété quatre fois, Médersa de Tchahar Bagh, Ispahan


Hakim Sana'i (m. vers 1180) est le premier des trois grands auteurs persans de longs poèmes mystiques, les deux autres étant Attâr et Rûmi. Ce dernier exprima à plusieurs reprises dans son oeuvre son admiration pour le niveau d'élévation spirituelle atteint par Sana'i.
Soufisme et chiisme furent étroitement liés en Islam, au point qu'il est parfois difficile de dire si l'on est face à un soufi imprégné de chiisme ou un chiite influencé par le soufisme. La plupart des confréries soufies font d'ailleurs remonter la lignée de leurs maîtres spirituels à Ali lui-même.
Dans l'extait ci-dessous, on pourrait sans peine affilier Sana'i à l'ismaélisme tant le vocabulaire, les arguments et les images employés par le poète sont familiers à ceux que l'on trouve dans les oeuvres d'auteurs ismaéliens tels Shirazi, Nasir Khusraw ou Nasir al-Din Tûsî.


"Toi qui te trouve retenu dans la mer de l'égarement, il faut du moins que tu écoutes une parole de ton frère : la mer est couverte de nefs, mais elles sont emportées toutes dans le tourbillon de la crainte ; à défaut d'arche de Noé, l'on ne peut espérer salut ; si donc tu désires sauver ton coeur et ta religion, jusqu'à quand resteras-tu sans pieds ni tête, comme un cercle ? Je te montre, pour te sauver, l'arche de Noé, pour que tu puisses t'y tenir en sûreté contre le mal. Va ! cherche la cité de la connaissance : tu t'y proméneras en paix ; jusqu'à quand oscilleras-tu, semblable à l'anneau d'une porte ? Puisque de la cité de la connaissance tu sais que Ali en est la porte [1], il ne serait pas bien de prendre un autre pour seigneur et maître. Comment donc serait-il licite d'établir dans la voie de Dieu, par astuce et ruse, le diable sur le siège du grand Qadi ? Que dire ? juges-tu qu'il est, le moins du monde, raisonnable de croire la terre plus noble que la pierre philosophale ? Bref, il ne me semble pas bien, selon ce que nous devons croire, de vénérer notre prophète en lésant les droits de Zahra (Fatima)[2]. Je veux bien être un infidèle si celui que tu dis émir, en lui subordonnant Ali, se montre tout au plus capable d'être le gardien des sandales de Qanbar, l'affranchi de Ali... Puisque Ali, tel Salomon, est au faîte de la grandeur, il serait mauvais que le diable mit sur sa tête la couronne. Lorsque le soleil dans le ciel répand des millions de lumières, Vénus aurait-elle l'audace de montrer sa brillante face ? Si tu veux que soit agréé ton amour autant que ta foi, il faut que tu aimes Ali autant que tu aimes la vie. Au jardin de la loi divine, il planta l'arbre de la foi ; il serait donc mal d'honorer un autre jardinier que lui. Du prophète, il nous est resté le Livre saint et sa lignée - souvenirs que l'on peut garder jusqu'au Jugement dernier. Mais après Muhammad l'Elu, l'on n'ose juger florissant que Ali, l'agréé de Dieu, dans l'univers de notre foi."

Anthologie persane, Henri Massé, Payot

[1] Sana'i fait référence à la parole du Prophète : "Je suis la cité de la connaissance et Ali en est la porte."
[2] Le poète fait allusion à la dépossession de son héritage dont fut victime Fatima, surnommée Zahra (la "Resplendissante"), à la mort de son père, le Prophète Muhammad, ainsi que de l'éviction du pouvoir des membres de la famille du Prophète.

Saadi : En contemplant l'amie

Femme endormie, Reza Abbasi, XVIe siècle


"La vie est bonne, mais meilleure au bord des ondes. Le vin paraît meilleur au chant du rossignol. Oh ! qu'il fait bon dormir près du jasmin en fleurs ! La flûte est douce auprès d'une amie parfumée. Je renonce à la harpe, aux chants du musicien : je préfère causer avec ma chère amante. Ne te détourne point pour contempler la plaine, de ta fidèle amie : elle est plus agréable. Semblables aux maillons d'un haubert, ses cheveux, tout tordus et bouclés, surpassent par leur grâce les ondulations de l'onde sous le vent. Saadi, connaîtrais-tu ce que vaut ton amie, sans avoir souffert ? Il est plus agréable d'obtenir ce qu'on veut quand on l'a recherché."

Anthologie persane, Henri Massé, Payot

jeudi 13 septembre 2012

Attâr : Ayant bu des mers...


Mausoléé de Farid al-Din Attâr à Nishapûr


Ayant bu des mers entières, nous restons tout étonnés
          que nos lèvres soeint encore aussi sèches que des plages,
Et toujours cherchons la mer pour les y tremper sans voir
          que nos lèvres sont les plages et que nous sommes la mer.

Attâr

jeudi 6 septembre 2012

Tagore : Ne pars pas, mon amour, sans prendre congé de moi


Ne pars pas, mon amour, sans prendre congé de moi.
Toute la nuit j'ai veillé, et maintenant mes yeux sont lourds de sommeil.
Je crains de te perdre si je m'endors.
Ne pars pas, mon amour, sans prendre congé de moi.

Je tressaille et j'étends mes mains pour te toucher.
Je me demande : Est-ce un rêve ?
Que ne puis-je emmêler tes pieds avec mon coeur et les tenir pressés contre mes seins !
Ne pars pas, mon amour, sans prendre congé de moi.

Rabindranath Tagore, Le jardinier d'amour - La petite lune, Poésie/Gallimard

Quelques vers de Rûmî sur l'amour



  • "...Et si le sucre savait la douceur de l'Amour, de honte il fondrait en eau..."
  • "Le grand miracle de l'Amour est qu'il porte toujours l'amoureux a des stades plus élevés."
  • "C'est assurément un vin qui monte a la tête, et qui enivre l'humanité d'une ivresse d'éternité."
  • "Dieu m'a créé du vin de l'Amour !"
  • "Je demandai : "Cher intellect, où es -tu donc ?" et l'intellect me répondit : "Puisque je suis changé en vin, pourquoi redeviendrais-je raisin vert ?"
  • "D'amour pour Toi chaque matin l'intellect devient fou, il grimpe sur la terrasse du cerveau et joue du luth."
  • "L'amour entra dans la mosquée et dit : "Oh maître et guide, arrache les chaînes de l'existence, pourquoi restes-tu dans les fers du tapis de prière ?"
  • "Qui est loin du filet de l'amour est un oiseau dépourvu d'ailes !"
  • "Ton amour, un lion noir, déchire tous mes os !"

Hâfez : La rose et le rossignol (Ghazal 456)

Photo : Roland et Sabrina Michaud

De grand matin je m'en fus au jardin cueillir une rose.
Soudain me vint à l'oreille la voix d'un rossignol.

Le pauvre comme moi était pris d'amour pour une rose
et par son cri de détresse jetait le tumulte au parterre.

Je tournais en ce parterre et ce jardin ; d'instant en instant
je songeais à cette rose et à ce rossignol.

La rose était devenue compagne de la beauté, le rossignol l'intime de l'amour
en lui nulle altération, en l'autre nulle variation.

Quand la voix du rossignol eut mis sa trace en mon coeur,
je changeai au point que nulle patience ne me resta.

En ce jardin tant de rose s'apanouissent, mais
personne n'a cueilli une rose sans le fléau de l'épine.

Hâfez, du monde en sa rotation n'espère l'apaisement :
il a mille défauts et n'a pas une faveur !

Hâfez

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Henri de Fouchécour :
"Le ghazal 456 est un joyau, par la simplicité de ses mots, la densité de son sens et la beauté de ses figures. La rime annonçait déjà cette simplicité. Les actants sont élémentaires : la rose, le rossignol et le poète au jardin. Ce qui arrive entre le rossignol et la rose est l'objet de la réflexion du poète. C'est que la voix du rossignol, entendue quand le poète allait cueillir une rose laissa au coeur de celui-ci sa marque, "sa trace". Le poète voulut cueillir une rose, mais à la fin, il ne le fit pas. [...]
Le ghazal 456 est d'une grande habileté technique, tant par l'abondance des assonances et des allitérations que par le jeu des rapports calligraphiques. [...] En somme, un poème à chanter.
Source : Hâfez de Chiraz, Le Divân, introduction, traduction du persan et commentaire par Charles-Henri de Fouchécour, Verdier