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dimanche 17 mars 2013

Lal Ded : une femme mystique du Cachemire


Prince et femmes visitant une ascète la nuit, V&A Museum, Ecole moghole, XVIIIe siècle


Lal Ded ou Lalleshwari, est avec Mirabaï, l'une des plus grandes figures féminines de la mystique en Inde. Elle vécut au XIVe siècle dans la région du Cachemire et composa des poèmes appelés Vakhs (paroles, vers). Ils expriment un amour inconditionnel pour le divin et exhortent les hommes à rechercher avant tout la connaissance de soi par-delà les obligations religieuses légales ou la pratique ascétique. Les vers, par leur concision et leur répertoire imagée, frappent la conscience des lecteurs comme des éclairs illuminant les ténèbres de la nuit. Lal Ded fut aimée, reconnue et vénérée par les différentes communautés confessionnelles du Cachemire. Hindous et musulmans la surnomment affectueusement Lalla Didi (grande sœur Lalla) ou Lalla Yogini (l'ascète Lalla) ou encore Lalla 'arifa (la mystique Lalla). Mais elle est généralement désignée par le sobriquet de Lala Ded qui signifie en langage populaire "Grand-mère Lal" et en langage littéraire "Lal la matrice" sans doute en référence à la notion de fertilité attachée aux déesses dans le panthéon hindou. Nombreuses sont les similitudes entre Lal Ded et Mirabai. Comme la sainte du Rajasthan, Lal Ded fut mariée encore enfant, à l'âge précoce de 12 ans. Une fois installée au domicile conjugal, elle fut maltraitée par sa belle-mère et délaissée par son mari. A l'âge de 24 ans, elle s'échappa de l'emprise familiale pour vivre une vie de ménestrel et de gyrovague itinérant parcourant le Cachemire en disciple de Shiva et survivant grâce à l'aumône des gens charitables.

Quelques Vakhs :

Quand mon esprit fut purifié de toutes les impuretés
Comme un miroir de sa poussière et de sa saleté
Je reconnus le Soi en moi :
Quand je Le vis s'écouler en moi,
Je réalisais qu'Il était Tout et que je n'étais rien.

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Moi, Lalla, je suis délibérément entrée par les portes d'un jardin
Là, ô Joie, j'y ai trouvé Shiva uni à Shakti
A l'instant même, je m'absorbais à boire l'eau d'un lac semblable à un nectar
Immunisée contre la douleur suis-je devenue,
Morte que je suis au monde, mais pourtant parfaitement en vie.

-------
J'ai brûlé l'impûreté de mon âme
J'ai mis à mort mon coeur et toutes mes passions.
J'ai étalé la bordure de mes vêtements et me suis assise.
Là, à genoux, dans un don total de moi-même à Lui.
Ma renommé à moi, Lalla, se répand au loin. (trad. Maïna Kataki)

mardi 8 janvier 2013

Toukaram : Psaumes du pèlerin

Yogi (ascète) au bord d'un fleuve. BnF

Arbre des taillis,
bêtes des forêts,
oiseaux sauvages,
amis, qui chantent pour moi.

Rester en solitude
par eux devient plaisir,
ni péché, ni mérite
ne m'y peuvent trouver.

Ma tente, l'espace,
mon lit, la terre
où mon coeur dénoué se délasse.

Un pagne, une gourde
comblent mon corps.
Le vent compte mes heures.

Mon repas, la geste du Seigneur,
mon dessert, la prière nocturne :
je me prépare des plats choisis.

Mon coeur ignore la solitude,
dit Toukâ,
il s'interroge et se répond.

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Je vais dire l'indicible :
je vis ma mort,
je suis de n'être pas,

Jouir est mon renoncement,
désirer me détache ;
de l'un et l'autre, je porte encore
les traces effacées.

Je ne suis pas comme tu me vois,
dit Toukâ,
interroge là-dessus Pândourang [Vishnû] !

Toukârâm, Psaumes du pèlerin, traduit du marathe, présenté et commenté par G.-A. Deleury, Gallimard

dimanche 6 janvier 2013

Nasir Tûsî : Critique de l'ascétique des soufis

Cheval et cavalier squelettiques, Bijapur, Deccan, vers 1625

Saisissante représentation que celle de ce cheval et de son maître d'une maigreur squelettique effrayante. La miniature évoquerait cette ascèse, particulièrement draconienne parfois, que pratiquaient les soufis en mortifiant leur corps par toutes sortes de privations afin de l'affaiblir et parvenir ainsi à la maîtrise des forces sensorielles symbolisées par le cheval.
Cette démarche ascétique outrancière était souvent condamnée par les musulmans dans leur ensemble mais également par certaines communautés, tels les ismaéliens, qui bien qu'ayant de fortes affinités avec les soufis se dissociaient d'eux sur leurs méthodes sévères.
Voici une illustration de cette condamnation adressée aux soufis par un des plus grands savants de l'Islam, converti à l'ismaélisme, Nasir-al-Din Tûsî, dans son Rawdat at-Taslim (Jardin de la soumission). Nasir rédigea cet ouvrage alors qu'il vivait à Alamut, la fameuse forteresse ismaélienne située au nord de Qazwin dans la chaîne montagneuse de l'Elbourz. Dans le texte suivant, l'éminent savant affirme sans ambages que les désirs concupiscents, charnels et même les facultés irascibles de l'homme font partie du plan divin. Ils jouent un rôle moteur et essentiel dans la perpétuation de l'espèce humaine à travers des activités aussi fondamentales que la reproduction ou le commerce. En outre, ils contribuent efficacement au perfectionnement moral de l'individu en venant nourrir sa volonté, son courage, sa détermination. Chercher à éradiquer les forces sensuelles revient non seulement à aller contre la volonté divine mais contre la vie elle-même. Le croyant doit s'efforcer par une alimentation saine de maintenir un équilibre entre les différentes facultés de l'âme. On se souviendra que Nasir, inspiré par l'Ethique à Nicomaque d'Aristote, avait également rédigé un ouvrage sur le même sujet (Akhlaq-e Nasir) qu'il avait adressé au gouverneur ismaélien de Quhestan. Le philosophe chiite, rejoignant l'illustre maître de l'Antiquité, définissait l''éthique comme un ensemble de qualités morales situées dans un équilibre juste et modéré entre des valeurs opposées. La générosité est une vertu que l'homme doit chercher à s'approprier en la cultivant dans son cœur et en la mettant en pratique dans la vie quotidienne avec ses semblables car elle se positionne à un point équidistant entre l'avarice et la prodigalité. Il en va de même pour toutes les autres vertus qui ne sont autre chose que des valeurs médianes constituant une sorte de chemin idéal, éloigné des extrêmes, sur lequel l'homme doit s'efforcer de marcher tout au long de sa vie afin de trouver le bonheur sur cette terre et accéder à la félicité éternelle dans l'Au-delà.

"Au sujet de ces ascètes, voici ce que disent les gens du Réel [les ismaéliens] : la sagesse divine a exigé que les sens de l'homme soient les instruments mis au service de son âme dans sa recherche de la perfection. Et vous [les soufis], avant même que l'âme n'atteigne à cette perfection, vous gâtez les instruments de la perfection, avant que l’œil de l'intellect ne soit par là rendu clairvoyant, vous détruisez l’œil de la sensibilité. Vous vous conduisez comme celui qui monte un cheval et se donne un but bien déterminé, mais avant d'avoir atteint son but, il abandonne son cheval sur la route, alors qu'il ne lui est pas possible d'aller à pied. Sur la route, il demeure stupide. Les bêtes sauvages le font périr, ou bien il mourra d'une autre sorte de mort. En effet, la saine nourriture est ce dont le sang pur, en l'homme, fait son accroissement. La vapeur de ce sang pur devient le ferment de la faculté du pneuma vital, qui est la monture de l'âme humaine. Il tient en équilibre le tempérament. Voilà ce que vous interdisez, vous mangez une nourriture qui ne vous réussit pas, qui fait le sang épais et dense. De ce sang épais et dense, émane une vapeur sombre, qui devient le ferment du pneuma vital, de sorte que par cela le tempérament est mis en déséquilibre et que la folie, la bile noire, la mélancolie vous gagnent. Vous vous efforcez d'anéantir ces deux facultés, la concupiscence et le courroux. Il vous faut savoir, alors, que si l'on ne possède pas la faculté du courroux, l'on ne possède pas non plus le courage moral. Celui qui est ainsi, comme il n'a aucun courage moral, on ne le compte pas au nombre des hommes, pas plus qu'on ne le compte au nombre des femmes. Mais si l'agressivité aveugle s'emparait de son âme, il n'y aurait aucune différence entre lui et un fauve. S'il n'y a pas de concupiscence, la procréation et la reproduction, auxquelles se rattachent la perpétuation de l'espèce humaine et la prospérité de l'univers, seront stoppées net. Mais si l'aveugle désir sexuel s'emparait de son âme, il n'y aurait aucune différence entre lui et une bête.
Ces deux attitudes, à l'égard de la concupiscence et du courroux, ne sont d'aucune manière saines. Ces deux voies sont, toutes deux, blâmables au regard des réalités qu'on se propose. C'est-à-dire qu'il ne faut ni excès ni défaut. L'anéantissement de chacune de ces facultés doit être atteint par le moyen de la perfection et cela consiste en ce que chacune des deux soit placée sous le contrôle de l'intellect jusqu'à ce qu'elle soit, en quelque sorte, pacifiée et qu'ici elle soit soumise à une tâche déterminée et devienne son assistant. Tout comme alors elles gouvernaient l'intellect, maintenant, c'est l'intellect qui les gouverne et les anges les soumettent au joug de l'union matrimoniale, le courroux en qualité de mâle et la concupiscence en qualité de femelle. De cette union naîtront des rejetons conformes aux conditions de l'existence : la science, l'intelligence, la mémoire, la chasteté, la générosité, la rectitude, l'intégrité, l'amitié, l'authenticité, la bienveillance, la fraternité, la bonne foi, le souci, la patience, le calme, la dignité, la modestie, la sobriété, l'humilité, la confiance, la résignation, le libre parler et ce que cela implique.
Si ces deux facultés subjuguent l'intellect - que Dieu nous en préserve ! - la lumière et la pureté de l'âme seront voilées par la ténèbre et la fausseté qui leur appartiennent."

Source : Nasiroddin Tusi, La Convocation d'Alamut. Rawdat al-Taslim, traduit par C. Jambet, Verdier

samedi 5 janvier 2013

Dieu est beau et aime la beauté


Khosrow aperçoit Shirin au bain, XVIIe siècle, Ispahan. Les mystiques, tels Rûmî, Attar ou Ibn Arabi, voyaient en la femme le reflet par excellence de la beauté divine sur terre.


Djamil comme nom divin, n'a pas de référence coranique, mais bénéficie de la caution d'un hadith que rapporte notamment Muslim, et qui dit : inna llâha djamilun yuhibbu l-djamal (Certes, Dieu est beau et aime la beauté). Nombre d'auteurs, en tout cas, l'admettent, et même parmi ceux qui, théoriquement, s'en tiennent à la liste [des noms divins ] de Walid (où ce nom ne figure pas), il en est qui éprouvent le besoin de le mentionner en association avec djalil : ainsi Qushayri et Ghazali.
Djamil veut dire ordinairement "beau", et se dira d'abord, concrètement, d'une chose belle à voir, qu'on éprouve du plaisir à regarder. Tel est, du reste, incontestablement, le sens du mot dans le hadith mentionné ci-dessus, le Prophète ayant répondu cela à propos du goût qu'ont les hommes pour les beaux vêtements et les belles chaussures : "Dieu Lui-même est beau, aurait-il dit, et Il aime la beauté." Cette idée d'une beauté de Dieu a eu certainement la faveur de certains milieux musulmans : du côté de l'anthropomorphisme naïf, mais aussi du côté de la mystique. Baghdadi ne manque pas de citer à cet égard cet autre hadith (qui, lui, n'a pas la caution des grands recueils sunnites), dont, dit-il, les "assimilationnistes" (mushabbiha) tirent argument, et qui fait dire au Prophète : ra'aaytu rabbi fi ahsani sûra. Ce que, spontanément, on comprend ainsi : "J'ai vu mon Seigneur sous sa plus belle apparence." Baghdadi fait également état, sur le même chapitre, de cette très intéressante secte d'extrémistes "immanentistes" (hululiyya) dont il parle plus en détail dans le Farq, et qu'il appelle hilmaniyya. Disciples d'un certain Abu Hilman ad-Dimashqi, ces gens avaient pour doctrine que, dans toute belle chose, Dieu était présent, et qu'il convenait donc de se prosterner devant elle. C'est pour cette raison - avait expliqué à Baghdadi un des membres de la secte - que Dieu avait ordonné aux gens de se prosterner devant Adam après qu'Il l'eut créé (cf. Cor. 15, 29), parce qu'Il l'avait fait beau, comme c'est dit au verset 95, 4 : "Nous avons créé l'homme dans la forme la plus belle."
Sans aller, certes, jusque-là, Ghazali, dans le Maqsad - où il résume, comme il le dit lui-même, un passage de l'Ihya - croit bien, lui aussi, à une véritable "beauté" de Dieu. Beauté, bien sûr, tout intellectuelle, mais est du même ordre que la beauté physique, en tant qu'elle se reconnaît à ce même sentiment de plaisir, de contentement, de joie qu'on éprouve à la contempler. Simplement, dans le cas de Dieu, le plaisir est infiniment plus grand, et rend insignifiant tout le reste. Comme Qushayri, Ghazali associe djamil à djalil ; c'est Son fait de posséder tous les attributs de la grandeur (sifat al-djalal) - à savoir la science, la puissance, l'autosuffisance, etc, - qui, pour Dieu, constitue Sa beauté aux yeux de l'intelligence qui Le contemple. Mais en même temps, Ghazali dit expressément que tout ce qu'il y a de beau et de parfait dans ce monde est, en quelque sorte, un reflet de la perfection divine : Dieu est par excellence la Beauté et la Vérité, qu'Il soit glorifié ! Et, toutes les choses qui relèvent de la beauté, de la perfection, de la splendeur, de la noblesse sur cette terre proviennent des lumières de Son Essence (anwâr dhâtihi) et sont des reflets, des signes de Ses attributs (âthâr sifâtihi)."

Source : Daniel Gimaret, Les noms divins en Islam, Cerf

lundi 31 décembre 2012

Behzad : Fugit Irreparabile Tempus

Combat de dromadaires, Behzad, début XVIe siècle, Tabriz

Cette miniature de Behzad montrant un combat de dromadaires nous propose, aussi surprenant que cela paraisse, une réflexion sur le temps qui passe et qui s'écoule inexorablement. Les deux dromadaires affrontés, aux cous emmêlés étroitement, situés au centre de la composition, symbolisent par leur couleur, l'un noir, l'autre blanc, l'alternance du jour et de la nuit. Imagerie que l'on pense inspirée de versets coraniques tel celui-ci : "N'as-tu pas vu que Dieu fait pénétrer la nuit dans le jour et qu'il fait pénétrer le jour dans la nuit." (Coran, XXXI, 29). Dans d'autres miniatures le temps se trouve également représenté par des animaux, tel le rat, mais toujours de couleurs opposées afin de signifier la course indissociable du jour et de la nuit.
S'il est besoin d'une preuve supplémentaire pour les sceptiques à l'allusion au temps dans cette miniature, il suffit de regarder cette scène burlesque sur le coin supérieur gauche d'un vénérable vieillard tenant dans ses mains, de manière tout à fait incongrue, une quenouille dont il a quasiment fini de la dévider de son fil. Est-ce que l'allégorie au temps ne devient pas plus évidente à présent ? Le fuseau représente la rotation de la terre et le fil, l'écoulement inexorable du temps. Un chamelier, placé à côté de chaque animal, tente vainement de faire plier les genoux de sa bête pour la faire s'asseoir. Peine perdue. Comme s'il était possible d'arrêter ou d'immobiliser, ne serait-ce qu'un instant, Chronos et ses cavales effrénées blanche et noire.
Behzad aurait réalisé cette miniature quasiment à la fin de sa vie, à soixante-dix ans, comme le nous renseigne la calligraphie dans la cartouche. Sa vue avait considérablement décliné, sans doute usée par les heures incalculables passées tout au long de sa vie sur les miniatures à peaufiner les innombrables détails d'une minutie extrême. Il est même plus que probable qu'il n'ait fait que superviser la réalisation de cette miniature au sein de l'atelier royal dont il avait été nommé Maître d'oeuvre. On se demande s'il ne se serait pas représenté dans le brave vieillard armé d'une quenouille comme un clin d'oeil émouvant à sa propre situation d'homme qui se sait arrivé quasiment au terme de son voyage sur terre ? Très probablement. On connaît Behzad coutumier d'un regard toujours empreint de tendresse envers les humains embarqués à bord du navire de la vie et voguant sur des flots incertains et capricieux.


Combat de dromadaires, Abdus-Samad, fin XVIe siècle, Inde

Faisons un petit bond dans l'espace et le temps pour nous retrouver quelques générations plus tard à la cour des grands moghols (déformation de mongols) de l'Inde. La miniature ci-dessus a été réalisée par un grand miniaturiste du nom d'Abdus-Samad qui a, un beau jour, quitté sa Perse natale pour mettre son talent au service des souverains de l'Inde. Comme vous pouvez le constater, il a repris la miniature du grand Maître Behzad. Mais sa peinture nous touche particulièrement pour la dédicace en persan versifié qu'il a insérée dans les cartouches supérieures de son oeuvre et qu'il adresse affectueusement à son fils. En la lisant, on apprend avec émotion que l'artiste est dans sa quatre-vingt-cinquième année, qu'il vient d'exécuter cette miniature uniquement de mémoire, d'après un original de Behzad qu'il a vu il y a très longtemps. Il l'offre en cadeau à son fils afin que celui-ci prenne enseignement sur ce qu'il est encore possible de réaliser à un âge aussi avancé !
Quelle belle leçon de vie pour tous que celle adressée par le Maître Abdus-Samad à son fils, à travers une oeuvre d'art réalisée avec amour et une dédicace touchante. 
Puisse cette miniature nous accompagner, nous éclairer et nous guider tout au long de la nouvelle année qui approche à grands pas.

mardi 18 décembre 2012

Avicenne : Poème de l'âme


Reza Abbasi (m. 1635) est surtout connu pour ses portraits de jouvenceaux alanguis et d'amoureux enlacés. Voici, une miniature de lui nous offrant une représentation naturaliste d'un rossignol. L'artiste a utilisé un pinceau très fin pour peindre avec une minutie extrême le plumage de l'oiseau dans des tons délicats.


On connaît Avicenne (m. en 1037), le grand médecin, le grand philosophe. Voici Avicenne, le mystique, un visage moins connu de cet éminent savant.

Tombée du plus élevé des cieux, une colombe est en toi, noble et fière
Nul voile ne la cache et pourtant nul regard, même d'initié ne la voit.
Malgré elle en toi, peut-être souffrira-t-elle un jour de te quitter.
D'abord révoltée, elle a peine à s'adapter, puis s'est habituée
à ce corps pour elle désert et vide ;
Elle a fini, je crois, par oublier son monde originel
dont elle était inconsolable.
Elle a quitté pour toi son séjour céleste pour tomber en ce terrain aride.
La lourde matière s'est attachée à elle et elle a vécu
en ton corps, ruine périssable.
A évoquer sa vie au monde des esprits, elle pleure des larmes sans fin.
Et jette sa plainte sur ces vestiges, jouets des quatre vents.
L'épais réseau l'enserre, une cage la tient éloignée de l'immense maison
Jusqu'au moment du départ vers le foyer des âmes et
le champ sans mesure
Alors séparée de ton corps de poussière désormais seul.
Elle dormait et, le voile levé, voit ce que ses yeux de sommeil ne pouvaient voir.
Elle roucoule alors du sommet du Haut-Mont,
la Connaissance y porte les plus faibles.
Qu'est-est descendue des Cieux vers ce bas-monde misérable ?
Si Dieu l'y a précipitée, Son intentiion reste cachée
au plus subtil entendement des hommes.

[Extrait]

Avicenne

jeudi 8 novembre 2012

Zahir : Verse ce vin...


Homme remplissant une coupe, Ispahan, XVIIe siècle, Smithsonian Institution

"Verse ce vin aux reflets de tulipe et de rubis ;
     de la gorge du flacon fais couler ce sang limpide.
Hormis la coupe de vin tu auras peine en ce monde
     à rencontrer un ami dont le coeur soit aussi pur."
Zahir (m. en 1201)

Source, Anthologie de la poésie persane, Z. Safa, Gallimard

dimanche 28 octobre 2012

Kamal ol-Molk : les miroirs aux alouettes

La Galerie des Miroirs


Regardez bien ce tableau. Oui, regardez-le bien.
Je crois qu'on a rarement réussi à évoquer avec plus de force la solitude du pouvoir ou tout simplement la solitude d'un homme que dans ce tableau du grand peintre iranien Mohammad Ghaffari, de son nom d'artiste Kamal ol-Molk (m. en 1941).
On distingue vaguement au loin la figure du souverain d'Iran, Nasseredine Shah, minuscule, perdue au milieu de cette immense Galerie des Miroirs, totalement déserte, de son palais du Golestan (la Roseraie). L'artiste nous décrit avec une minutie et une maîtrise technique confondante, les dorures, les tapis précieux, les rideaux en mousseline, les lustres gigantesques, l'alignement des fauteuils vides et surtout ces innombrables miroirs dont les murs et les plafonds sont tapissés et qui amplifient le luxe - on serait tenté de dire le clinquant - de ce décor somptueux en le réfléchissant et en le multipliant à l'infini. Une merveilleurse lumière aux teintes dorée et rose baigne l'atmosphère. Même le soleil, entrant à grands flots par les immenses fenêtres, semble s'est mis de la partie pour conférer à cette Galerie des Miroirs un éclat encore plus somptueux.
Pourtant, le Shah, semble indifférent à tout ce faste. Il lui tourne même le dos. Assis dans un fauteuil, immobile,  perdu dans ses pensées, il regarde à l'extérieur par les baies vitrées. On aperçoit, entre les rideaux, la nature que l'on devine belle en ce beau jour ensoleillé et qui est réduite ici à sa portion congrue. A quoi pense le roi ? A quoi rêve t-il ? Depuis combien de temps est-il là ? Il semble plus triste que heureux, en tout cas profondément seul. Une mélancolie poignante se dégage de cette silhouette assise telle une ombre.

Pauvre Naseredine Shah ! Lui qui a fait bâtir cette Galerie des Miroirs à sa gloire pour épater le tout Téhéran et les ambassadeurs du monde entier. Lui qui, lors d'une visite à l'école d'art de Téhéran a tenu à rencontrer Mohamed Ghaffari, ce jeune prodige qui peint à la manière occidentale. Il a été tellement impressionné par le jeune artiste qu'il l'a invité à venir s'installer à sa cour, en a fait son peintre officiel et l'a même élevé à la dignité de chef des peintres de son palais. Le brave souverain ne devait certainement pas se douter que son protégé le représenterait ainsi telle une esquisse fantomatique à peine reconnaissable dans cette salle qu'il a faite édifier. Il devait sûrement s'attendre à être croqué le torse bombé, le regard conquérant, les pointes de sa moustache fièrement dressées avec en fond de toile sa Galerie des Miroirs étincelant de mille reflets miroitants. Comment a t-il perçu le tableau ? Quels commentaires en a t-il faits ? A t-il senti l'ironie, le regard acerbe du peintre derrière ses coups de pinceaux ?
L'artiste, bien que s'étant vu décerner par le souverain le titre pompeux de Kamal ol-Molk (la Perfection du Royaume) est un génie bien trop grand, libre et profond pour se laisser enfermer dans la flagornerie. Ce qu'il veut peindre avant tout, ce sont les remous de l'âme humaine, la vie secrète des coeurs, le sens derrière les apparences, les silences qui en disent long.
La force de ce tableau réside dans la possibilité que le peintre iranien a accordé à tout individu de s'identifier au sort du roi de Perse. Celui-ci, tournant le dos à son univers familier, à son apparat et à son opulence, laisse son regard se perdre dans le lointain, en dehors des murs de son palais, comme un homme qui aspire à la liberté, à l'évasion, à changer de vie, pour devenir peut-être un citoyen ordinaire ou un anachorète vivant sans souci du lendemain et tirant sa maigre pitance de la générosité des âmes charitables. Vu sous cet angle, le faste de la Galerie des Miroirs se révèle alors à nous dans toute sa signification véritable. La salle n'a de merveilleux que son apparence, sa surface. La réalité est que c'est une prison dorée dont les barreaux sont constitués de devoirs, de responsabilités, de mondanités, d'étiquette qui maintiennent le souverain sous bonne garde et lui rendent toute tentative d'évasion impossible.
Comme on est en terre perse, le soufisme et le derviche ne sont jamais bien loin. Kamal ol-Molk affirmait "qu'aucune grande oeuvre n'est possible sans grande pensée." Au vu de ce qui l'on vient de dire plus haut, on peut vraisemblablement interpréter ce tableau comme une illustration de ce leitmotiv inlassablement rappelé par les soufis qui voyaient dans la vie de ce monde avec son quotidien routinier et ses innombrables tentations, plus séduisantes les unes que les autres et aussi nombreuses que les gouttes dans l'océan ou que les images reflétées à l'infini dans des miroirs, des chimères qui retiennent l'âme humaine prisonnière dans un écheveau inextricable d'illusions où tout n'est que plaisirs trompeurs, vanité et poursuite de vent.
A travers la silhouette pathétique du Shah tournant le dos aux éclats scintillants des miroirs et à leurs images insaisissables pour porter son regard vers la campagne lumineuse, c'est l'émouvante condition d'une âme prise dans des rets, en proie à la mélancolie, et se languissant pour sa patrie spirituelle que le grand peintre persan nous donne à voir avec cette oeuvre. C'est par cette dimension ontologique que ce tableau se hisse au rang de chef-d'oeuvre de la peinture iranienne, pour ne pas dire mondiale.


Kamal ol-Molk

La Galerie des miroirs, Palais de Golestan, Téhéran


Galerie des Miroirs, Palais du Golestan, Téhéran

dimanche 21 octobre 2012

Nasir al-Din Tûsî : les quatre modes de connaissance

Peinture provenant du palais de Tchehel Sotun (Quarante Colonnes) à Ispahan. Ce palais fut édifié par Shah Abbas pour la réception des ambassadeurs et pour les fêtes. On relève de nombreuses références au vin et aux réjouissances dans les fresques peintes sur les murs de Tchehel Sotun


"Le philosophe Nassir od-Din Toussi[1], l'une des gloires de la pensée persane au XIIIe siècle, a proposé une classification des modes de connaissance qui nous aide à comprendre l'enjeu de cet engagement. Il distingue essentiellement quatre de ces modes, symbolisés chacun par l'une des boissons promises aux élus. Le premier concerne la connaissance sensorielle des phénomènes, régulée par la raison : c'est celui de la science, symbolisée par l'eau. Le second qui met en jeu la connaissance intuitive, gouvernée par l'imagination, est celui de la poésie et de l'art, il est symbolisé par le lait. Le troisième, qui est celui de la philosophie proprement dite, s'élève jusqu'à la compréhension des phénomènes subtils par la voie de la spéculation métaphysique : il est symbolisé par le miel. Le quatrième enfin est celui de l'illumination mystique, qui installe d'emblée l'homme au centre de lui-même, toute distance abolie entre sa personne et la divinité. Cet état suprême, symbolisé par le vin, correspond à l'intelligence du coeur : c'est lui que cherche à atteindre le soufi en s'abandonnant au vertige amoureux. Amour divin ? amour humain ? Si l'ambiguïté plane à tel point dans l'oeuvre des poètes persans et dans celle des peintres qui les ont illustrés avec tant de ferveur, c'est que la gnose orientale s'est toujours méfiée des images désincarnées. Elle professe qu'on ne sépare pas impunément les choses de l'âme de celles du corps. Mieux, elle est au fond assez convaincue, quoi qu'en puissent penser les mollahs, qu'il est dangereux de prétendre s'élever en rejetant la chair que de s'abimer dans la chair en oubliant l'esprit."

[1] Rappelons que cet argumentaire, Nasir al-Din Tûsî l'expose dans le Rawdat al-Taslim (le Jardin de la soumission) qu'il rédigea alors qu'il vivait à Alamut, le chateau-fort des ismaéliens. Nasir était lui-même converti à l'ismaélisme et le final de cet exposé qui affirme la nécessité de respecter les deux parties de la nature humaine, le corps tout autant que l'esprit, est une attitude typiquement ismaélienne.

Source : Les Jardins du désir. Sept sièces de peinture persane, Phébus

dimanche 14 octobre 2012

Quelques paroles de Rabi'a

Sky Mirror, Anish Kapoor


On rapporte que Rabi'a fit un pèlerinage et dit en voyant la Kaaba : "Ceci est l'idole adorée sur la terre. Dieu n'y est jamais entré, jamais il ne l'a habitée."

Al-Thawri lui dit un jour : "Tout contrat a sa condition, toute foi sa vérité. Quelle est la vérité de ta foi ?"
"Je ne l'ai adoré, répondit-elle, ni par crainte de son Enfer ni par amour de son Paradis. Car j'aurais été alors comme un mauvais serviteur qui travaille quand il a peur ou quand il est récompensé. Mais je l'ai adoré par amour et par passion de Lui."

"Si nous demandons pardon, disait-elle, il faut nous faire pardonner aussi l'insécérité de notre demande."

On demanda à Rabi'a comment elle voyait l'amour :
"Entre l'amant et l'aimé, dit-elle, il n'y a pas de distance. Il n'y a de parole que par la force du désir et de description que par le goût. Qui a goûté a connu et qui a décrit ne s'est pas décrit. En vérité, comment peux-tu décrire quelque chose quand, en sa présence, tu es absent, en son existence tu es dissous, en sa contemplation tu es défait, en sa pureté tu es ivre, en ton abandon tu es comblé, en ta joie tu te quittes ?"
"La grandeur rend la langue muette. L'effroi empêche le coeur de s'exprimer. La jalousie dérobe les regards aux créatures. L'étonnement interdit à l'esprit toute certitude. Alors, il n'y a que continuel étonnement, effroi incessant, coeur errant, secrets cachés, corps épuisés, et l'amour avec son inflexible pouvoir, arbitre des coeurs."
"Oh, aie pitié des amoureux !
Leurs coeurs sont égarés dans le dédale de l'amour,
Le jour de la résurrection de leur amour est arrivé.
Leurs âmes à jamais sont comblés de faveurs
En vue du paradis d'une perpétuelle union
Ou de l'enfer de l'éloignement incessant des coeurs".

Source : Les chants de la recluse, Arfuyen

Rabi'a al-Adawiyya : fondatrice de la mystique musulmane





Rabi'a al-Adawiyya serait née en l'an 713 après J.-C.
Quatrième fille d'une famille très pauvre, s'il faut en croire Attâr, elle se serait très tôt retrouvée orpheline.
Vendue comme esclave, elle fut remise en liberté, rapporte la tradition, par son maître qui la découvrit un jour absorbée dans la prière et enveloppée de lumière.
D'autres sources affirment qu'elle aurait été joueuse de flûte et prostituée.
Au sortir de cette période trouble de sa vie, Rabi'a se serait retirée dans le désert, puis à Basra (dans l'actuel Irak).
Là, un petit cercle de disciples commence à se former autour d'elle, recueillant ses enseignements et ses conseils. Peu à peu, la renommée de Rabi'a s'étend et les plus grands savants et politiques de son temps s'honorent de lui rendre visite dans sa misérable habitation.
Sa vie d'extrême ascétisme et de réclusion attire le respect de tous. Son enseignement suscite l'étonnement et l'admiration. L'amour mystique et la communion avec la Divinité en constituent les thèmes centraux. Pour qui aime d'un tel amour, la recherche du Paradis, la crainte de l'Enfer, la vénération du Prophète perdent toute signification.
Bien avant Hallaj et les grands sooufis, Rabi'a est ainsi l'une des premières à dépasser la démarche ascétique traditionnelle pour appeler à l'union parfaite avec Dieu et la célébrer dans des poèmes d'une brûlante ferveur.
En cela son influence fut déterminante et une femme, Rabi'a, peut être tenue pour l'un des maîtres fondateurs de la mystique musulmane.
Rabi'a mourut à Basra, âgée de près de quatre-vingt dix ans, en l'an 801 après J.-C..
Une tradition, plus vraisemblablement relative il est vrai à Rabi'a al-Shamiyya, rapporte que Rabi'a aurait été enterrée à Jérusalem, sur le Mont des Oliviers, et que sa tombe devint un lieu de pélirinage. 

Source : Chants de la recluse, Arfuyen

lundi 8 octobre 2012

Rabia al-Adawiya : "Mon repos, ô frères, est dans ma solitude"

La Beauté (al-Jamal), Fayeq Oweis


"Mon repos, ô frères, est dans ma solitude,
Mon Aimé est toujours en ma présence.
Rien ne peut remplacer l'amour que j'ai pour Lui,
Mon amour est mon supplice parmi les créatures.
Partout où j'ai contemplé sa beauté,
Il a été mon mihrab et ma qibla.
Si je meurs de cet amour ardent et s'Il n'est satisfait,
Oh, cette peine aura été mon malheur en ce monde !
O médecin du cœur, Toi qui es tout mon désir,
Donne-moi une vision qui guérisse mon âme.
O ma joie, ô ma vie pour toujours !
En Toi mon origine, en Toi mon ivresse.
J'ai abandonné entièrement le créé dans l'espoir
Que Tu m'unisses à Toi. Car tel est mon ultime désir."

Rabia al-Adawiya

Chants de la Recluse, Traduit de l'arabe par Mohammed Oudaimah et Gérard Pfister, Arfuyen

dimanche 23 septembre 2012

Hakim Sana'i : Panégyrique de Ali


Calligraphie représentant le nom de Ali répété quatre fois, Médersa de Tchahar Bagh, Ispahan


Hakim Sana'i (m. vers 1180) est le premier des trois grands auteurs persans de longs poèmes mystiques, les deux autres étant Attâr et Rûmi. Ce dernier exprima à plusieurs reprises dans son oeuvre son admiration pour le niveau d'élévation spirituelle atteint par Sana'i.
Soufisme et chiisme furent étroitement liés en Islam, au point qu'il est parfois difficile de dire si l'on est face à un soufi imprégné de chiisme ou un chiite influencé par le soufisme. La plupart des confréries soufies font d'ailleurs remonter la lignée de leurs maîtres spirituels à Ali lui-même.
Dans l'extait ci-dessous, on pourrait sans peine affilier Sana'i à l'ismaélisme tant le vocabulaire, les arguments et les images employés par le poète sont familiers à ceux que l'on trouve dans les oeuvres d'auteurs ismaéliens tels Shirazi, Nasir Khusraw ou Nasir al-Din Tûsî.


"Toi qui te trouve retenu dans la mer de l'égarement, il faut du moins que tu écoutes une parole de ton frère : la mer est couverte de nefs, mais elles sont emportées toutes dans le tourbillon de la crainte ; à défaut d'arche de Noé, l'on ne peut espérer salut ; si donc tu désires sauver ton coeur et ta religion, jusqu'à quand resteras-tu sans pieds ni tête, comme un cercle ? Je te montre, pour te sauver, l'arche de Noé, pour que tu puisses t'y tenir en sûreté contre le mal. Va ! cherche la cité de la connaissance : tu t'y proméneras en paix ; jusqu'à quand oscilleras-tu, semblable à l'anneau d'une porte ? Puisque de la cité de la connaissance tu sais que Ali en est la porte [1], il ne serait pas bien de prendre un autre pour seigneur et maître. Comment donc serait-il licite d'établir dans la voie de Dieu, par astuce et ruse, le diable sur le siège du grand Qadi ? Que dire ? juges-tu qu'il est, le moins du monde, raisonnable de croire la terre plus noble que la pierre philosophale ? Bref, il ne me semble pas bien, selon ce que nous devons croire, de vénérer notre prophète en lésant les droits de Zahra (Fatima)[2]. Je veux bien être un infidèle si celui que tu dis émir, en lui subordonnant Ali, se montre tout au plus capable d'être le gardien des sandales de Qanbar, l'affranchi de Ali... Puisque Ali, tel Salomon, est au faîte de la grandeur, il serait mauvais que le diable mit sur sa tête la couronne. Lorsque le soleil dans le ciel répand des millions de lumières, Vénus aurait-elle l'audace de montrer sa brillante face ? Si tu veux que soit agréé ton amour autant que ta foi, il faut que tu aimes Ali autant que tu aimes la vie. Au jardin de la loi divine, il planta l'arbre de la foi ; il serait donc mal d'honorer un autre jardinier que lui. Du prophète, il nous est resté le Livre saint et sa lignée - souvenirs que l'on peut garder jusqu'au Jugement dernier. Mais après Muhammad l'Elu, l'on n'ose juger florissant que Ali, l'agréé de Dieu, dans l'univers de notre foi."

Anthologie persane, Henri Massé, Payot

[1] Sana'i fait référence à la parole du Prophète : "Je suis la cité de la connaissance et Ali en est la porte."
[2] Le poète fait allusion à la dépossession de son héritage dont fut victime Fatima, surnommée Zahra (la "Resplendissante"), à la mort de son père, le Prophète Muhammad, ainsi que de l'éviction du pouvoir des membres de la famille du Prophète.